Les fantasques et érudites Heures de Pierre Combescot

Les fantasques et érudites Heures de Pierre Combescot

Spécialiste de Machiavel et de Jack l'Éventreur, il disait «ne pas croire en Dieu mais au Diable».

Dans ses romans, aucun ton culpabilisateur, ni bons sentiments… Pierre Combescot s’en est allé à l’âge de 77 ans, laissant à la postérité douze travaux littéraires – des romans chez Grasset, pour la plupart – oscillant entre « le délicat de l’horreur » et une peinture des mœurs balzacienne.  Lecteur boulimique, l’écrivain est un enfant précoce. «A 5 ans, j'étais au courant de tous mes stupres», déclare-t-il dans un entretien à l’Express en 2002. « Gai, dissimulé, sans illusions sur lui », les qualificatifs qu’on lui attribue l’assimilent souvent à un des enfants imaginés par Henry James dans  Le Tour d'écrou.

Pour son premier livre en 1973, il écrit un essai situé en Allemagne, où il fit ses études à Munich. Epris du charismatique roi de Bavière Louis II, dont le train de vie fantaisiste fascine tant, il publie Louis II de Bavière chez Lattès. La maison d’édition portera aussi son premier roman, deux ans plus tard : Les Chevaliers du crépuscule, odyssée entre l’Italie et l’Allemagne du XIIème siècle. Ce tropisme pour la culture germanique et ce goût du picaresque traverse toute son œuvre.

Jouant avec les précisions historiques, les couplant à sa folle imagination, Pierre Combescot écrivait pour «bâtir son tombeau et exorciser la mort». « Trouver par où entre le péché mortel », une motivation littéraire à l’image de sa personne, grave et byzantine.

Le génie des exercices baroques

Quintessence du roman historique, Les Funérailles de la sardine, paraît en 1986. Résolument italien, cet abondant banquet narratif fait croiser Lorenzaccio avec l’élection de Jean-Paul Ier et un Machiavel revisité, qui se laisse envoûter par le bourreau des Borgia. Le roman est récompensé la même année par le prix Médicis.

Outre son activité de romancier, à défaut «de ne pas être devenu autre chose» comme il se plaisait à le répéter, Pierre Combescot entretenait une passion pour la danse classique. Un art découvert à Cannes lors d'un séjour azuréen avec sa mère, qui l’a conduit à régner sur les rubriques de ballet et d'opéra au Canard enchaîné, et dans une moindre mesure à Paris Match. Il y sévissait sous le malicieux pseudonyme de Luc Décygnes.

Mais c’est un roman impétueux, de plus de 400 pages, Les Filles du Calvaire, qui achève sa renommée grâce aux pérégrinations de Maud Boulafière, fille d’un boucher juif, sous l’Occupation, côtoyant gamins des rues et saltimbanques. Ce monde interlope décrit avec verve et poésie lui vaut le prix Goncourt en 1991.

Pierre Combescot reçoit également le prix Pierre-de-Monaco en 1999 pour l'ensemble de son oeuvre, qui compte, entre autres, son roman noir sur la tauromachie, La Sainte Famille (Grasset), Les Petites Mazarines (Grasset), dédié aux sept nièces du grand Cardinal ou encore la trame narrative alambiquée de son roman tyrolien, Lancasnet.  

S’il ralentit sa production romanesque dans les années 2000, celui qui a apporté son soutien à la candidature de Jean-Pierre Chevènement à la présidentielle 2002, n’en a pas perdu son charme et sa vivacité d’esprit. Il est d’ailleurs bref sociétaire  de l’émission de radio Les Grosses Têtes sur RTL en 2009, l’année-même de son dernier roman. Pour mon plaisir et ma délectation charnelle s’intéresse au compagnon d’armes de Jeanne d’Arc et criminel, Gilles de Rais, - un des inspirateurs de Barbe bleue dans l’imaginaire collectif -, affichant clairement la tonalité de son testament littéraire… Abrasif et pittoresque.

Delphine Allaire

Repères

9 janvier 1940 Naissance à Limoges

1974 Premier livre, Louis II de Bavière (Lattès)

1986 Prix Médicis pour Les Funérailles de la sardine (Grasset)

1991 Prix Goncourt pour Les Filles du Calvaire (Grasset)

27 juin 2017 Mort à Paris

Photo : Ulf Andersen / Aurimages / via AFP