Il y a 150 ans disparaissait Baudelaire

Il y a 150 ans disparaissait Baudelaire

Le 31 août 1867 au matin, Baudelaire rendait son dernier souffle, après une fin de vie où les difficultés s’accumulaient.

Baudelaire est mort dix ans à peine après la première publication des Fleurs du mal en 1857, qui lui valut un procès pour délit d’offense à la morale publique. En 1861, il est contraint de retirer six poèmes aux titres déjà évocateurs : Les Bijoux, Lesbos, Le Léthé, À celle qui est trop gaie, Femmes damnées et Les Métamorphoses du vampire. Il est alors rongé par la maladie et par les dettes.

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Sa mère, inquiète de le voir dissiper l’héritage paternel, l’avait doté d’un conseiller judiciaire, ce qu’il vécut comme une humiliation. Il se sent alors abandonné par sa mère, et trahi par les femmes, ayant contracté la syphilis : il tente de se suicider, en juin 1845 en se poignardant. « Je me tue parce que je ne puis plus vivre, que la fatigue de m’endormir et la fatigue de me réveiller me sont insupportables. Je me tue parce que je suis inutile aux autres et dangereux à moi-même. »

Dans des lettres à sa mère en 1853, il prétend que le manque de nourriture et l’abus d’eau-de-vie lui ont gâté l’estomac et ruiné la santé. Il habite alors rue Pigalle à Paris, où il souffre du froid et, se croyant espionné, cherche refuge dans des hôtels sans fenêtres.

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L’écriture est devenue pour lui un chemin de croix, comme il s’en plaint en 1861 dans une lettre où il exprime sa « volonté perdue, gâchée ». En février 1865, il semble résigné devant son manque d'inspiration : « Rien, jamais rien ». Il va sombrer dans l’aphasie.

Trois ans avant sa mort, il décide de se rendre en Belgique, pays réputé plus libre pour les auteurs. Il a plus que jamais besoin d’argent et il espère y trouver un éditeur pour la publication de ses œuvres complètes. C’est à ce moment-là que sont publiés ces poèmes interdits, dans un livre intitulé Les Épaves en 1866.

Mais il ne rencontre en Belgique qu’une « très grande avarice », écrit-il à sa mère en 1867. Il commence à écrire une sorte de pamphlet, inachevé mais publié après sa mort, qu’il voulait intituler Pauvre Belgique ou La Belgique déshabillée.

Le dernier portrait de Baudelaire, en 1865.

La maladie le reprend. En Belgique en 1866, il est pris à Namur d’un étourdissement qui le laisse à demi paralysé et presque aphasique. Le « regard d’une fixité navrante » restera dans la mémoire de ceux qui lui rendent visite dans la clinique du docteur Dumas, une fois rapatrié à Paris.

Sept mois avant sa mort, ses amis le traînent jusqu’au dîner du photographe Nadar, où il en reste à ces bribes de mots : « Non, cré nom, nom ». Pourtant sa mémoire phénoménale fonctionne encore et, pour parler littérature, désigne du doigt les poésies de Sainte-Beuve, les œuvres d’Edgar Poe en anglais ou un petit livre sur Goya. A l’évocation des noms de Manet et de Wagner, son visage s’éclaire d’un large sourire.

Le 31 août 1867, au petit matin, sa mère écrit : « Mon pauvre fils vit toujours, mais il est dans un état bien extraordinaire depuis deux jours et deux nuits, dans une espèce de sommeil avec les yeux ouverts ainsi que la bouche. Après de grandes souffrances, il ne souffre plus et peut passer ainsi tranquillement d’un moment à l’autre. »

Baudelaire s’éteint, quelques instants plus tard. Si faible qu’il ne luttait plus.

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre !

Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !

Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,

Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons !

 

Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte !

Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,

Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?

Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !

(Extrait de « Le voyage », Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire)

Raphaël Georgy

 

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Sources : Baudelaire, Marie-Christine Natta (Perrin, août 2017) ; « Charles Baudelaire », Encyclopaedia Universalis