Jésus revient

Jésus revient

L'historien de l'art Pascal Bonafoux éclaire les néophytes avec 100 tableaux qui racontent la vie de Jésus.

Les peintres ont souvent représenté la vie de Jésus, mais ils ont parfois pris des libertés avec les Évangiles. Que sait-on de la naissance de Jésus ? A-t-elle vraiment lieu dans une étable en présence du bœuf et de l’âne ? Les panneaux de bois moyenâgeux de l’Église Saint-Martin de Zillis, comme La Nativité de Cranach l’Ancien (1520) représentent bien l’enfant-Jésus dans une crèche avec les deux animaux. Pourtant le texte canonique ne dit que peu de choses sur l’épisode : « Elle enfanta son fils premier-né, elle l’enveloppa de langes et elle le coucha dans une crèche (…) » (Luc, 2) Une crèche, c’est-à-dire une mangeoire pour le bœuf et l’âne. La présence du bœuf et de l’âne dans la crèche n’est en réalité mentionnée que dans l’Évangile du pseudo-Matthieu qui ne fait pas partie des Livres Saints. Et il n’est question d’« étable » que dans ce même texte, une étable dans laquelle Marie se serait rendue « deux jours après la naissance du Seigneur », pour déposer le Christ dans la crèche.


Le Christ et la Samaritaine, Duccio di Buoninsegna (1308) ©akg-images

L’historien de l’art Pascal Bonafoux nous dresse une fresque composée de 100 tableaux qui racontent la vie de Jésus. L’idée de ce travail de recherche a germé trente ans plus tôt dans l’esprit de ce spécialiste de l’autoportrait et vise à  pallier les lacunes du public contemporain. Car ces images nous délivrent des messages qui, trop souvent, ne sont plus en mesure d’être reconnus, faute de références adéquates. Pascal Bonafoux est athée et il n’est pas question dans ce livre d’exégèse théologique, mais de mettre en lumière l’interprétation que l’image fait du texte.

L’iconographie chrétienne est mise en rapport avec les quatre Évangiles canoniques. Son organisation rigoureuse, suit la progression des textes, de l’Annonciation à l’Ascension. Des mosaïques du premier siècle aux grands maîtres de la peinture, chaque page confronte image, texte biblique et commentaire.


Le Sermon sur la montagne, Maurice Denis (1927) ©akg-images

Une gravure sur bois, La Visitation (1929), de Käthe Koowitz, une artiste allemande du XXe siècle, représente Marie, enceinte de Jésus, qui pose une main tendre sur le ventre d’Élisabeth, dont elle vient d’apprendre par l’archange Gabriel qu’elle est elle-même enceinte. Le noir des figures aux paupières baissées semble suggérer bonheur de l’annonce et présage funeste. Plus loin, l’auteur questionne le choix de Rembrandt de peindre le silence dans Siméon et lEnfant-Jésus dans ses bras (1661).  Alors âgé de 112 ans, Siméon comprend peut-être la parole de l’Esprit Saint qui l’avait assuré  « qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le christ du Seigneur ».

Ici, les explications fournies par un écrit du IVe siècle Histoire de lenfance de Jésus  éclairent davantage que l’Évangile de Luc sur le sens qu’Albrecht Dürer donne à la scène de Jésus parmi les docteurs (1506). Tandis que les doctes prêtres tiennent leur Ancien Testament, les mains de Jésus sont libres car il n’a pas besoin de livre pour enseigner le sens caché du texte. « C’est l’assurance de Jésus qu’il lui faut mettre en évidence, le fait que sa parole ne saurait être contestée. »

Hélène Dumanchin

 

À lire : 100 tableaux qui racontent la vie de Jésus, d’après les Évangiles selon Matthieu, Marc, Luc et Jean, Pascal Bonafoux, Éditions du Chêne, 260 p., 29,90 euros