Bibliothèque idéale

Bibliothèque idéale

L'ILIADE, Homère, version de Philippe Brunet (Grèce, 850 à 750 av. J.-C., éd. Points).

Pensée pour les lecteurs et les récitants autant que pour les savants, cette version de L'Iliade vous plantera dans le coeur ses traductions des épithètes homériques : Apollon cible-facile (le dieu archer vise toujours juste), hommes casques-crinières (des proto-hoplites ?), Briséis joues-vermeilles (ce qui explique la colère d'Achille).

L'ÉNÉIDE, Virgile, version de Paul Veyne (Italie, 19 av. J.-C., éd. Albin Michel).

Paul Veyne rend leur réjouissant caractère de roman d'aventures aux pérégrinations méditerranéennes d'Énée, fils de Priam, poursuivi par la colère de Junon. De Troie au Latium via Carthage et les enfers...

L'INGÉNIEUX HIDALGO DON QUICHOTTE DE LA MANCHE, Miguel De Cervantes (Espagne, 1605-1615, éd. Points).

Né en Espagne, mutilé à Lépante, esclave à Alger, Cervantes fut un Méditerranéen mobile. Son Quichotte l'est autant par la géographie (on y visite entre autres Barcelone) que par l'esprit... Deux traductions dominent : celle de Jean Canavaggio, de référence et très drôle, et celle d'Aline Schulman, modernisée et hilarante.

LA JEUNE PARQUE, Paul Valéry (France, 1917, éd. Poésie/ Gallimard).

« Quel éclat sur mes cils aveuglément dorée/ Ô paupières qu'opprime une nuit de trésor, Je priais à tâtons dans vos ténèbres d'or !/ Poreuse à l'éternel qui me semblait m'enclore. » De Paul Valéry le Sétois, on cite d'ordinaire les vers du Cimetière marin. Les méditations marines et solaires de La Jeune Parque mériteraient la même célébrité.

POÈMES DU CANTE JONDO, Federico García Lorca (Espagne, 1921, éd. Poésie/Gallimard).

Inspiré par le flamenco et les couleurs de son Andalousie, García Lorca a aussi capturé dans ces vers l'opposition entre la tentation de l'ordre et la liberté incarnée par la figure du gitan. Ainsi la « Scène du lieutenant colonel de la garde civile », où un gitan, à coups d'images poétiques, fait tomber raide mort l'officier du titre.

MENDIANTS ET ORGUEILLEUX, Albert Cossery (Égypte, 1955, éd. Joëlle Losfeld).

Fier de n'avoir jamais travaillé, Albert Cossery vécut à rebours de la folie du monde, et écrivit à rebours de la folie des modes - sur Le Caire de son enfance. Les mendiants philosophes, le café des miroirs, les vertus de l'oisiveté et de l'observation, le goût des petites gens...

LÉON L'AFRICAIN, Amin Maalouf (Liban, 1986, Le Livre de poche).

Fin XVe, début XVIe siècle, il a connu la chute de Grenade, sillonné le Maroc, visité l'Égypte, été captif en Sicile, puis baptisé par le pape Léon X. La vie de Léon l'Africain fut une grande aventure intellectuelle. Le Libanais Amin Maalouf en a tiré un texte mémorable.

JOUR DE SILENCE À TANGER, Tahar Ben Jelloun (Maroc, 1995, éd. Points).

Un vieil homme malade se rappelle avec aigreur son passé, son mariage, ses enfants, qui l'ont tous quitté... et ce déménagement à Tanger, à l'origine de tous ses malheurs. Un texte poignant qui dessillera les naïfs pour qui la vieillesse est plus riante sur l'autre rive.

MON NOM EST ROUGE, Orhan Pamuk (Turquie, 1998, éd. Folio).

Centré sur l'art de la miniature dans l'Empire ottoman du XVIe siècle, ce roman policier polyphonique - qui se double d'un roman d'amour - traite aussi des échanges méditerranéens à travers l'introduction de la perspective dans l'art oriental. Il s'agit aussi d'un des chefs-d'oeuvre d'Orhan Pamuk, qui lui valut le prix Nobel.

UNE HISTOIRE D'AMOUR ET DE TÉNÈBRES, Amos Oz (Israël, 2003, éd. Folio).

La jeunesse d'Israël, l'enfance de l'auteur et l'histoire de sa famille, échappée d'Europe, se mêlent dans ce grand roman autobiographique, chef-d'oeuvre des lettres israéliennes.

MEURSAULT, CONTRE-ENQUÊTE, Kamel Daoud (Algérie, 2014, éd. Babel).

Il manquait un visage et une identité à l'Arabe que tue l'étranger de Camus. Kamel Daoud les lui rend à travers cette contre-enquête menée par le frère de la victime, qui est à la hauteur du livre de son prédécesseur. C'est dire.

ANTHOLOGIES

DICTIONNAIRE AMOUREUX DE LA MÉDITERRANÉE, Richard Millet (éd. Plon, 2015).

Chacun sa Méditerranée. Celle du Libano-Limousin Richard Millet, impressionniste, témoigne de la grande culture de l'auteur et de ses partis pris, notamment sur la corrida.

LES POÈTES DE LA MÉDITERRANÉE, Anthologie (éd. Poésie/Gallimard, 2010).

Préfacée par Yves Bonnefoy, cette anthologie présente, par leur origine géographique, des poètes de toutes les rives méditerranéennes. Des vers élégiaques du Grec Titos Patrikios (« Je suis une île surgie le temps de voir/ La lumière, dure comme la pierre ») à ceux, apocalyptiques, du Macédonien Vlada Urošević (« Rien que fleurs sulfureuses sur des troncs de quartz/ Rien que les villes fossiles disséminées dans les sables »).

COLLECTION
POUR TOUS LES GOÛTS

La collection « Le Goût de... », au Mercure de France, propose, entre autres, des anthologies littéraires consacrées à des lieux. Nombre d'entre elles concernent la Méditerranée. Le Goût d'Alger, de Mohammed Aïssaoui, Le Goût de Capri et Le Goût de Naples, de Pascale Lismonde, Le Goût des îles Baléares et Le Goût de la Corse, de Jacques Barozzi, et Le Goût de la Turquie, de Jean-Claude Perrier.

OH ! LES BEAUX JOURS

Sous un intitulé beckettien, ce nouveau festival présente une inclination très méditerranéenne. Première édition du 23 au 28 mai à Marseille, avec Kamel Daoud, Daniel Pennac, Tristan Garcia, Russell Banks...

FESTIVAL DU LIVRE DE NICE
CABOTAGE EN LECTURES

Le Festival du livre de Nice muscle sa programmation sur le thème de la Méditerranée. C'est elle qui sera célébrée, pour la vingt-deuxième édition, sous l'égide de ses présidents d'honneur, Dany Laferrière et Paule Constant. Cette Méditerranée se retrouve dans les oeuvres de nombre de ses invités (plus de 200 écrivains attendus). Le Marseillais René Frégni y évoquera Les Vivants au prix des morts (Gallimard), le Tunisien Saber Mansouri reviendra sur Une femme sans écriture (Le Seuil), Sébastien Lapaque abordera sa Théorie d'Alger (Actes Sud)... Notons aussi la présence du grand poète syrien Adonis (voir page 85), celle de l'helléniste Nathalie Cohen, qui, dans Une étrange rencontre (Le Cerf), décrit comment Athènes, Rome et Jérusalem ont échangé dans l'Antiquité, ou encore celle de Salim Bachi, qui revient sur sa jeunesse algérienne dans Dieu, Allah, moi et les autres (Gallimard). Les lecteurs du Magazine littéraire pourront également rencontrer notre chroniqueur Franz-Olivier Giesbert, qui envoie l'héroïne de son Belle d'amour (Gallimard) en Orient, avec saint Louis. Ou Pierre Assouline, qui présentera son Dictionnaire amoureux des écrivains et de la littérature (Plon). De plus, le XXe prix de la Baie des Anges sera décerné à l'un des huit auteurs sélectionnés, parmi lesquels Claire Gallois et Serge Joncour. Le festival de Nice est aussi un festival grand public et a convié nombre de vedettes : Grégoire Delacourt y parlera de Danser au bord de l'abîme (Lattès) ; Douglas Kennedy analysera Toutes ces grandes questions sans réponse (Belfond) ; Romain Sardou emmènera ses lecteurs assister à la fondation des États-Unis (America, XO) et Janine Boissard montrera La Lanterne des morts (Fayard)... Esprit de Romain Gary es-tu ? Jean Hurtin

FESTIVAL DU LIVRE, du 2 au 4 juin, jardins Albert-1er , Nice (06).