TOUT SAUF COURGE

TOUT SAUF COURGE

Le film d'animation Ma vie de Courgette triomphe en salle et est peut-être bientôt en lice aux Oscars. L'auteur du livre adapté est plus que jamais sous le charme.

Jeudi 28 avril 2016, je m'enfonce dans le fauteuil d'une salle de projection. Je vais voir pour la première fois le film de Claude Barras, Ma vie de Courgette, adapté de mon second roman paru en 2002 aux éditions Plon. L'histoire à la première personne d'un petit garçon de 9 ans, Icare, surnommé Courgette par sa mère, qui se retrouve orphelin à la suite d'un incident, et placé dans une maison d'accueil où il va découvrir l'amitié, et l'amour. Le paradoxe d'un enfant résilient qui saura surmonter tous les problèmes et se faire adopter par un gendarme.

Le livre à sa parution a été un beau succès de librairie, vendu dans une dizaine de pays, puis en J'ai lu, où il m'apportera plus de cent mille lecteurs, et chez Flammarion, dans la collection « Étonnantissimes », où il m'ouvrira les portes des écoles. Quatorze ans après, le générique du film commence, j'y vois mon nom sur un nuage, de toute façon, tout me paraît irréel ce jour-là. Je n'ai rien imaginé, je ne m'attends à rien. J'entends rire dans ce cinéma de professionnels, renifler aussi, c'est bon signe. Je suis sous le charme de ce film d'animation tourné en stop motion. Pas de caméras, juste des appareils photos, et des marionnettes en résine aux trente-cinq sourcils et aux quarante bouches pour leur donner toutes les expressions possibles. Ma Courgette a les cheveux bleus et une grosse tête sur un corps maigre. Tout y est naturel, les voix de doublage des enfants, le scénario de Céline Sciamma, et tout ce qui n'est pas dans le roman aurait pu y être. Les décors sont poétiques, l'humour et l'émotion sont là.

Deux papas pour Courgette

Je me considérais jusque-là comme le papa de la Courgette. Il va falloir partager cet enfant en garde alternée avec son deuxième père, le réalisateur suisse Claude Barras. Et c'est au Festival de Cannes en mai 2016 que je vais enfin le rencontrer. J'attends sur le haut des marches de la Quinzaine des réalisateurs ce petit homme mince à l'oeil malicieux, entouré de caméras suisses. Tant pis je lui tombe dans les bras. Je n'allais quand même pas lui serrer la main. La salle est pleine, cette fois-ci le public est là. Je me dis que, si je n'avais pas écrit Autobiographie d'une Courgette, personne ne serait dans cette salle. Les lumières s'éteignent, je vois le film pour la seconde fois, je remarque des détails que je n'avais vus la première fois : Camille, l'amoureuse de Courgette lit Kafka. Dès le générique de fin, la salle applaudit. Ça dure vingt minutes. J'en ai mal aux bras et aux mains.

Au moment où j'écris cet article nous sommes en décembre, le film a dépassé les six cent mille entrées et a remporté vingt-sept prix dans le monde entier. Je suis allé à la découverte du public dans plusieurs villes de France pour cueillir les spectateurs du film et échanger avec eux. La question « Pourquoi Courgette ? » revient souvent. Tout simplement parce qu'un enfant a souvent un surnom et que je l'ai trouvé... aux trois quarts du roman. Il m'a fallu tout reprendre.

On saura le 24 janvier prochain si ma vie de Courgette entre dans la sélection des Oscars. Le film a été vendu dans près de quarante pays, et je suis heureux que des milliers d'enfants, d'adolescents et d'adultes aient tant aimé le livre, puis le film. Ou le film, puis le livre. Et je sais aussi que cette Courgette me réserve encore bien des surprises en 2017. Tiens, au fait, il va falloir songer au smoking si jamais... Allez, on verra bien !

À VOIR

MA VIE DE COURGETTE , un film de Claude Barras 70 min.

À LIRE

AUTOBIOGRAPHIE D'UNE COURGETTE, Gilles Paris éd. J'ai lu, 254 p., 5,80 E.