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Pierre Assouline
Auteur

Par Joseph Macé-Scaron

 

Le réel aventureux

Profiter du calme, de la campagne, de la mer, du farniente tout en vous changeant les idées : c’est, sans doute, votre programme. Mais, comme nous savons combien vous aimez élargir votre horizon, nous vous présentons une vaste sélection de livres pour cet été qui sont autant d’îles ou d’archipels où vous pouvez, sans crainte, aborder.

Il est loin, le temps où le critique Albert Thibaudet
pouvait affirmer que le bon romancier crée ses personnages avec toutes les vies possibles qu’il n’a pas eues, et le mauvais avec la vie réelle qu’il a connue. Les frontières de la fiction se sont déplacées et elles englobent de nouveaux continents, y compris les territoires des mémoires, des témoignages, des faits divers. Laissez-vous convaincre par notre sélection que le réel, lui aussi, est aventureux.

L’été est l’occasion de revisiter les classiques. Dans un livre éblouissant d’intelligence et de drôlerie, le romancier italien Italo Calvino nous a convaincus que l’oeuvre littéraire possède cette force spécifique : se faire oublier en tant qu’oeuvre en laissant sa semence. On ne (re)lit pas les classiques par respect ou par devoir, mais seulement par amour.

Lire l’été, c’est aussi prendre un livre que vous n’auriez jamais osé ouvrir. C’est partir pour une expédition dont vous ne reviendrez peut-être pas indemne. Dans un récit, un poème, au détour d’un essai, par la faille d’un monologue de personnage de fiction, se déclare un émoi bref et violent, sur lequel aussitôt se referme le silence, comme l’océan sur le séisme qui a perturbé ses grands fonds. Car c’est seulement au fil de ces rencontres désintéressées que nous pouvons, un jour, tomber sur le livre qui deviendra notre livre. C’est ainsi que, pour ma part, j’ai ouvert, un été, La Tunique de Nessus, du romancier américain réprouvé James Purdy. Italo Calvino, qui a écrit pour tous ces enfants que nous demeurons les merveilleux contes d’été que sont Le Chevalier inexistant, Le Baron perché et Le Vicomte pourfendu nous dit qu’un de ses amis, homme de vaste culture et historien d’art, avait pris pour objet de ses prédilections les plus profondes Les Aventures de Monsieur Pickwick de Dickens.

À tout propos, il citait des fragments du roman
et était parvenu à associer tous les événements de la vie à des épisodes de cet ouvrage. « Peu à peu, écrit Calvino, l’univers, la vraie philosophie, lui-même, ont pris la forme de Pickwick, par un phénomène d’identification absolue. » C’était un autre moyen de rendre le réel aventureux.

Pour autant, nous n’avons pas oublié la place qu’occupent les grands romans d’aventure. L’Amérique, les Indiens, la steppe, le froid du Canada, l’Asie avec Kipling… Sans oublier les mers du Sud, les trésors, Stevenson.  Vous nous aviez promis Java, Sumatra, les îles de la Sonde, le Tibet, M. Sosthène… où est-ce que c’est, tout ça?», réclame un héros de Céline. Les voilà désormais dans votre bibliothèque. Bonnes lectures.