Salvo Montalbano : Ô Commissaire ! Mon Commissaire !

Salvo Montalbano : Ô Commissaire ! Mon Commissaire !

Après avoir reçu il y a un mois le maestro du polar transalpin Andrea Camilleri, l’Institut culturel italien de Paris rend désormais hommage à son héros le plus célèbre, Salvo Montalbano, avec la publication de Caro Montalbano, Lettres au commissaire. Dans ce recueil de missives, treize écrivains de part et d’autre des Alpes déclarent leur flamme à leur inénarrable « Dottore ».

Il est des êtres de fiction auxquels on s’attache comme à des êtres humains. Avec lesquels on a grandi, vieilli, vécu. Des êtres de papier que notre imagination a portés, couvés et rêvés durant des années au point d’avoir, avec eux, tout partagé. Devenus indispensables à force de nous avoir énervé, ému ou simplement amusé, ils sont ancrés en nous. « Je devenais le personnage dont je lisais la vie » confiait Don Quichotte qui souffrait de se confondre avec les héros romanesques qu’il croisait dans ses lectures.

Salvo Montalbano est de cette trempe. Il est probablement le héros, ou plutôt l’anti-héros, le plus mythique de la littérature italienne contemporaine et le plus apprécié par nos voisins transalpins qui, pour la plupart, lui vouent un culte romanesque sans pareil. Une histoire après l’autre, il a su conquérir un public fidèle dans le monde entier.

Né en 1994 des mains démiurgiques du grand écrivain Andrea Camilleri, le légendaire commissaire accompagne, au quotiden, plusieurs générations d’italiens, en romans ou sur petits écrans. De La Forme de l'eau à La rete di protezione, en passant par La Voix du violon ou La Danse de la mouette, trente aventures de cette indémodable saga policière sont passés sans que rien n’échappe au flair d’Il commissario.

Au cœur du littoral sicilien, dans la bourgade imaginaire de Vigata – équivalent fictif de Porto Empedocle, ville natale de Camilleri –, Salvo Montalbano, infatigable mirador, veille. Dans cette Sicile provinciale piégée sous les tentacules de la mafia et en proie aux violences quotidiennes, il guette, traque et enquête pour ramener l’ordre. Assassinats ou larcins, il n’a que faire. « Moins intéressé par le fait de présenter un coupable à la Justice qu’à remettre un peu de justice dans le monde », le superflic n’a qu’un seul objectif : redorer le blason moral de sa région.

Au travers treize lettres plus poignantes les unes que les autres, des écrivains s’adressent directement à leur commissaire de cœur pour confier l’amour qu’ils portent à cet ami, ce cousin, cet oncle, ce frère ou ce père. Giancarlo de Cataldo, Gabriella Genisi, Hervé Le Corre, Gilles Perrault ou encore le fidèle traducteur de la série Serge Quadruppani, se passent la plume, avec pudeur et nostalgie, pour faire vivre leur héros, pourtant si allergique aux compliments.

Tous nous décrivent un commissaire modèle. Perspicace et malicieux, déterminé et incorruptible. Un franc-tireur humain qui, comme le dit si justement Serge Quadruppani, « préfère toujours l’amitié du vagabond à celle du Questeur. Qui a du mal à tendre la main à un puissant avocat mafieux mais qui prend volontiers celle d’un enfant migrant à peine débarqué d’une carcasse surpeuplée du port de la ville ». En fait, l’idéal d’un flic éclairé et démocratique empli de compassion.

Surtout, derrière cet inspecteur qui s’emmêle entre l’italien et le sicilien, apparaît au fil des confidences, un homme attachant et bon vivant. Un hédoniste séducteur qui, quand il ne se dispute pas avec sa volcanique fiancée Livia, est toujours partant pour une session arancini avec une suédoise aux jambes interminables.

Seulement disponible à l’Institut culturel italien de Paris pour le moment, ce recueil de lettres, vibrant hommage à l’éternel commissaire Salvo Montalbano, nous rappelle que les êtres tressés de mots ont parfois bien plus de chair que nos voisins humains. 

Le livre est disponible sur le site de l'Institut Culturel Italien de Paris.

Ruben Levy

 

Caro Montalbano, Lettres au commissaire, traduit de l'italien par Maruzza Loira, Jérôme Nicolas et Serge Quadruppani, éd. Institut culturel italien de Paris, 80p., 10 €.