Mathias Énard CROQUÉ PAR... Rita Mercedes

Mathias Énard CROQUÉ PAR... Rita Mercedes

À Damas, en Pologne, en Russie, au Tadjikistan, dans les Balkans et en Espagne, Mathias Énard « ressasse de si vieux vers ». Son dernier ouvrage est une errance poétique aux accents autobiographiques qui fait écho à Cendrars et à Apollinaire. Le voyage, l'histoire et l'intime se mêlent. Tout Beyrouth bruisse d'une rumeur, l'imminence de la guerre. « Et l'apocalypse sur nos coeurs adolescents :/ tu me prenais ma main en cachette/ Pour me rassurer/ Tu savais que j'avais peur », c'est l'heure de faire concurrence à la mort, l'âge où on se joue d'elle, où on se rit de tout, où on invente le « Parti pour la libération des cèdres des drapeaux ». Le voyage reprend en Pologne, évoquée par éclats de vers : les arbres se souviennent jusque dans leurs racines des morts ; un pays où ni le froid ni l'alcool ne permettent l'oubli de Sobibor. L'errance se poursuit jusqu'à cette communication à la société proustienne de Barcelone, comme un chant où se cognent dans une même strophe le français et l'espagnol : « Todos somos hijos de la guerra./ Noche de cloches et de présents. Tous enfants du froid. »

À LIRE

Dernière communication à la société proustienne de Barcelone, MATHIAS ÉNARD, éd. Inculte, 116 p., 14,90 E.