Armand Gatti au paradis

Armand Gatti au paradis

L'homme de théâtre, journaliste, poète, résistant est mort à l'âge de 93 ans. Fils d'un balayeur et d'une femme de ménage, il s'engage dans la Résistance et devient journaliste après-guerre. Il est prix Albert Londre en 1954. Homme engagé, il part en Algérie, en Chine, au Guatemala… où il témoigne du sort des opprimés. En 1959, sa pièce Le Crapaud Buffle est mise en scène par Jean Vilar.  Armand Gatti - dont le véritable prénom est Dante Sauveur - rompt  avec le théâtre institutionnel en 1968. Il deviendra par la suite une figure du théâtre du XXe siècle. Découvrez dans les archives du Magazine Littéraire, son article: «Écrire dans la guérilla urbaine»

Armand Gatti: «Écrire dans la guérilla urbaine»

«L'utopie, pour moi, au départ, c'était la bibliothèque. Pour moi, fils de balayeur, venant du bidonville, entrer dans la bibliothèque de la Principauté de Monaco, c'était entrer dans l'utopie. Qui avait créé ce monde de livres ? Le langage. Le langage est donc l'utopie. Et j'ai voulu apporter à la bibliothèque quelques éléments personnels. Depuis son invention par Thomas More, le mot a été souvent usurpé et assassiné, ou détourné par la politique. Je ne lui donne pas un sens politique. Je préfère passer par la Kabbale ou, alors, me souvenir de Khlebnikov qui, dans la révolution communiste de 1917, n'a trahi aucun mot et a dit : "Il n'y a de révolution que celle du soleil".

Aujourd'hui, le sous-commandant Marcos et les Indiens du Chiapas sont sur le bord de l'utopie indienne, dont la question est de trouver des solutions au destin de l'homme. Mais ils ne savent comment régler le problème de l'exploitation de l'homme par l'homme. Or nous n'avons qu'une voie : la poésie. La poésie concrète et en même temps hors du possible !

Quant à une forme utopique du théâtre, j'y suis, à présent. Je ne travaille plus sur des personnages de type psychologique. Je travaille avec des groupes. Mes personnages sont des groupes. De cette façon-là, il y a moyen de faire du théâtre une réalité et non la création d'une illusion. L'utopie du théâtre passe par le Guatemala. Quand il a rejoint le maquis de la guérilla, le poète Otto René Castillo a refusé les armes qu'on lui proposait. Il a dit : "Je ne pense pas que les armes servent à quelque chose. Nos armes, ce sont des poèmes. Je veux faire du théâtre, je veux que tous les maquis soient des théâtres. Il faut aller chez les Indiens avec les mots de la fête".

Le théâtre, c'est le maquis. Je pense qu'aujourd'hui, le maquis, c'est la guérilla urbaine. Mon utopie est de vivre et d'écrire dans la guérilla urbaine.»

 

Photo : Armand Gatti ©JACQUES DEMARTHON/AFP PHOTO