Marie Depussé, l’écrivaine de l’existence

Marie Depussé, l’écrivaine de l’existence

L’écrivaine, dont les récits étaient teintés d’autobiographie, est décédée mardi à Blois (Loir-et-Cher) à l’âge de 81 ans.

Les réflexions autour de l’instant vécu et de l’existence tenaient une place prépondérante dans l’œuvre de ce professeur de littérature. Le thème de la mort, par exemple, était très présent dans ses romans, comme les titres de certains de ses livres en témoignent : Est-ce qu’on meurt de ça, Là où le soleil se tait, Qu’est-ce qu’on garde ?, Les morts ne savent rienLa nuit tombe quand elle veut (tous sont publiés chez P.O.L).

Issue de l’ENS et agrégée de lettres classiques, Marie Depussé enseigne d’abord aux États-Unis à l’université Howard dans l’Illinois, puis à Paris, à la Sorbonne et à Paris-VII. Son premier texte, signé à 20 ans, Dieu gît dans les détails (P.O.L, 1993) raconte le quotidien de la clinique psychiatrique de La Borde – mise en place par Jean Oury et Félix Guattari dans le Loir-et-Cher –, où les patients vivent en liberté avec des soignants qui les accompagne dans « les gestes de la vie » sans les stigmatiser. Elle s’y était installée et y organisait des séminaires – ce qu’elle faisait par ailleurs aussi en prison.

Elle décrit son rapport à l’écriture dans nos colonnes en 2003 à l’occasion d’un dossier du Magazine littéraire consacré à Emmanuel Lévinas : « Je m'acharne à capter la lumière dans laquelle sont les corps, dans l'instant, puis de couler ça dans la pâte de la langue. Ça me rappelle mon père faisant de l'aquarelle et gueulant : ‘‘Comme le ciel change vite !’’ C'est un exercice très violent, l'aquarelle, et je crois que c'est ce que je pratique en écrivant. »  

Aussi, dans un article à propos de Blanchot et de ce que ses contemporains lui doivent, elle explique que le travail littéraire était en lui-même un exercice existentiel : « Vers 45 ans, j’ai entrepris d’écrire chaque jour, et depuis, si je n’ai pas écrit un jour, il n’y a pas eu de jour. C’est une façon de lutter contre le retour à l’insignifiance, contre la peur de l’“existence anonyme” (…). J’éprouve une grande douceur à déposer chaque jour, dans un cahier, le jour qui précède. Ce dépôt, j’ai l’impression de l’arracher à l’être. »

R.G.