Simone Veil, les lettres d’« une grande dame d’autrefois »

Simone Veil, les lettres d’« une grande dame d’autrefois »

Madeleine de Scudéry, Olympe de Gouges… Dans la lignée des femmes de lettres cultivées et d’influence des XVIIe et XVIIIe siècle, Simone Veil a apposé sur son siècle l’empreinte d’une dignité sans faille dans les épreuves de l’histoire, comme dans les débats politiques.

Cette position particulière, c’est son collègue académicien Jean d’Ormesson qui en parle le mieux lors de son éloquent discours de réception sous la Coupole en 2010 : « Vous avez été abreuvée d’insultes par une minorité, et une large majorité voue une sorte de culte à l’icône que vous êtes devenue. » Simone Veil, l’Immortelle dont chacun se verrait bien emprunter l’itinéraire idéologique.

Personnage au destin exceptionnel, Simone Veil accepte de se raconter à la première personne. Déportée, rescapée des camps de l’horreur, première femme politique acceptée par ses pairs masculins, première présidente du Parlement européen, elle fait de son autobiographie, sobrement intitulée Une vie, une œuvre totale.

Traduite en quinze langues, vendue à plus de 550 000 exemplaires, Une vie est une réussite littéraire. Sous la Coupole, quai de Conti, les Immortels sont intrigués. Le 9 octobre 2008, invitée par Maurice Druon et François Jacob, Simone Veil présente sa candidature à l'Académie française au fauteuil du gaulliste Pierre Messmer. Le 20 novembre, elle est élue au premier tour par 22 voix sur 29.

L’élection d'une femme engagée dans cette institution attachée aux décorums, sonne comme une petite révolution. Celle qui fait graver "78951", son numéro de matricule inscrit à Auschwitz, sur son épée d’Immortelle, occupait ainsi le treizième fauteuil, qui fut celui de Racine et de Paul Claudel.

Jean d’Ormesson, Immortel de l’Académie, – il y siège depuis 1973 –, l’accueille en ces termes : « Vous succédez aussi à Méziriac, à Valincour, à La Faye, à l’abbé de Voisenon, à Dureau de La Malle, à Picard, à Arnault, tous titulaires passagers de votre treizième fauteuil et qui n’ont pas laissé un nom éclatant dans l’histoire de la pensée et des lettres françaises. Ils constituent ce que Jules Renard, dans son irrésistible Journal, appelle “le commun des immortels”. »

Avant de poursuivre en citant Paul Valéry : « L’Académie est composée des plus habiles des hommes sans talent et des plus naïfs des hommes de talent. Ce n’est ni pour votre naïveté ni pour votre habileté que nous vous avons élue. De toutes les figures de notre époque, vous êtes l’une de celles que préfèrent les Français. Les seuls sentiments que vous pouvez inspirer, et à eux et à nous, sont l’admiration et l’affection. »

Celle qui a fait le choix d’un centre droit libéral et européen, a toujours cherché à éveiller les consciences des jeunes du XXIe siècle à la mémoire de la Shoah et aux dangers de la banalisation et du relativisme. «  L’humanité est un vernis fragile, mais ce vernis existe », lançai-t-elle en appel.

Son itinéraire d’une grande valeur éthique et philosophique la mène enfin à la présidence de la Fondation pour la mémoire de la Shoah créée en 2000.

Miroir de son temps, Simone Veil incarnait à elle seule trois grands tropes de l’histoire : la Shoah, les droits des femmes et l’Europe… Avoir vécu le pire du XXe siècle n’avait pas entamé sa foi en l’homme.

Delphine Allaire

Une vie, Simone Veil, Stock, 2004

Simone Veil. Destin, Maurice Szafran, Flammarion, 1994

Photo : Mychele Daniau / AFP Photo