Écrivain sous couverture

Écrivain sous couverture

À l’occasion de la parution de ses Mémoires, Le Tunnel aux pigeons (Le Seuil), le grand écrivain britannique John le Carré a confié au Magazine littéraire un article exclusif, dans lequel il aborde notamment la figure de son père, ce «manipulateur», son rapport à la vérité et au mensonge, la relation entre ses oeuvres de fiction et le monde extérieur, les sentiments que lui inspirent Donald Trump et Boris Johnson, et surtout, comble du paradoxe, les raisons pour lesquelles il ne s’exprime pas dans la presse. À retrouver dans le dossier de 25 pages consacré à John le Carré dans le numéro d’octobre du Magazine littéraire, avec les contributions des écrivains Robert Littell, Hédi Kaddour et Antonio Muñoz Molina.
Dossier coordonné par Alexis Brocas

Il est des couvertures dont il n'est pas facile de se dépêtrer. Longtemps John le Carré fut, pour ses lecteurs, l'espion qui écrivait. Il avait émargé au MI5 puis au MI6 ? Servi comme deuxième secrétaire d'ambassade à Bonn ? Ses romans étaient donc, sous couvert de fiction, des documentaires, des fenêtres ouvertes sur les affrontements secrets entre l'Est et l'Ouest. On se délectait de ses notations perfides sur les snobismes de cette société secrète issue des meilleurs collèges et familles. On avalait ses intrigues et ses descriptions de l'Allemagne de l'Est ou de Moscou - forcément fondées sur des sources secrètes et de première main. Et on en oubliait ce que ces textes pouvaient devoir à son imaginaire, à son intuition. En somme, on oubliait son talent d'écrivain.

Le Carré n'a jamais été cet espion qui écrivait, mais, selon ses propres mots, « un écrivain qui a passé quelques années extrêmement formatrices » dans le monde de l'espionnage. Il en a tiré une oeuvre profondément humaine qui dépasse les questions propres aux métiers de l'ombre. Rappelons que le Carré a rédigé ses deux premiers romans alors qu'il était espion, et que ses chefs ont autorisé leur publication parce qu'ils les voyaient tels qu'ils étaient : de pures fictions. Et l'auteur a souvent opposé, à ceux qui lisaient ses livres au premier degré, la réaction hilare d'un chef de service secret pour qui L'Espion qui venait du froid était « la seule putain d'opération d'agent double qui ait jamais marché ».[Lire la suite]

Découvrez notre numéro consacré à John le Carré