Judéo-christianisme : un débat relancé

Judéo-christianisme : un débat relancé

Longtemps associée à une tradition culpabilisante, le judéochristianisme revient sur le devant de la scène dans un climat de crispations identitaires. Le succès du dernier essai de Michel Onfray, Décadence (celle de la civilisation judéo-chrétienne selon lui), confirme que la question travaille les esprits. Mais de quoi parle-t-on ? D’une civilisation ou d’une invention a posteriori ? D’un socle de valeurs communes à deux religions ? Ou d’un monde qu’elles auraient modelé ? Quand Onfray voit tout en noir et blanc, les auteurs que nous avons invités travaillent eux dans le clair-obscur. Avec la participation de Jean-Luc Marion, Jean-François Colosimo, Luc Ferry, Alexis Jenni, Frédéric Boyer, François Taillandier...

Le dernier pavé de Michel Onfray, en tête des ventes des essais, s'intitule Décadence - en l'occurrence celle de la civilisation judéo-chrétienne, l'autre nom de l'Occident selon lui.  Ça se discute, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais deux ans et demi après le triomphe du Royaume, d'Emmanuel Carrère, dans les pas des premiers apôtres du Christ, ce succès confirme que la question travaille les esprits. Associée à des traditions bigotes et culpabilisantes, la culture judéo-chrétienne a longtemps pris la poussière dans le grenier des idées. Les crispations identitaires et la hantise du djihadisme l'ont fait ressortir du placard. Avant de savoir si le judéo-christianisme disparaît, encore faut-il se demander ce qu'il recoupe. Il y eut bien des judéo-chrétiens (les premiers chrétiens, juifs de fait), mais cela ne saurait gommer les différences de fond entre le judaïsme et le christianisme. Cela ne saurait non plus faire oublier la rivalité sinon l'hostilité entre les deux confessions, les diabolisations et les persécutions.

Judéo-christianisme : le terme est récent, inventé en Allemagne par un théologien protestant, en 1831. De quoi parle-t-on ? D'une civilisation ou d'une invention a posteriori ? D'un socle de valeurs communes à deux religions ? Ou d'un monde qu'elles auraient modelé ? Rappelle-t-on la traduction des Septante ? Songe-t-on à Tertullien, qui opéra le rapprochement théologique judéo-chrétien ? Y intègre-t-on la pensée de Jésus, juif et premier chrétien, dont Onfray oppose le caractère libertaire au « christianisme d'Église » ? Doit-on reformuler, à l'instar de l'essayiste Nathalie Cohen, l'équation de notre origine : « les racines de l'Europe chrétienne sont judéo-hellénistiques » ?...

Le terme est aussi vague que fréquemment usité. Cela valait bien un dossier, auquel ont contribué historiens, théologiens, philosophes et écrivains, revenant sur l'histoire de cet étrange attelage lexical, les idées qu'il recouvre, les réflexions et les préjugés qu'il inspire... Quand Michel Onfray voit en noir et blanc, les auteurs que nous avons invités travaillent eux dans le clair-obscur.

SOMMAIRE

72 Histoires

84 Philosophie et théologie

92 Vu par trois écrivains

Dossier coordonné par Pierre Assouline