«Je choisis les livres qui viennent à moi»

«Je choisis les livres qui viennent à moi»

Gaëlle Callac est une plasticienne qui réinvente les couvertures de livres en créant des œuvres uniques à l’eau-forte. Elle propose une variation sur l’Exercice de style de Raymond Queneau, qui se prête bien au jeu  de la répétition, ou encore elle s'est intéressée aux ouvrages de Gaston Bachelard, Georges Bataille, Françoise Sagan… À découvrir actuellement à la Librairie Galerie Emmanuel Lhermitte (Paris, 13e) jusqu'au 8 décembre.

Comment avez-vous commencé à travailler sur le livre ?

La littérature a, pour ainsi dire, toujours été une préoccupation dans mon travail plastique.
Il y a une quinzaine d’années, je réalisais des portraits au super 8, instantanés, de personnages romanesques préférés dans une série de films intitulée Photocopillage. Récemment, en 2012, j’ai spontanément «investi» une page de titre de livre en y réalisant une eau-forte. L’idée m’est venue en pensant à une pièce que j’ai réalisée par la suite : L’abc de l’eau. Je voulais réaliser une pièce dédiée à l’eau, en eau-forte, qui serait exposée au bord de l’eau. Le livre a servi de matière première. J’ai choisi vingt-six titres de la littérature française et étrangère avec pour dénominateur commun le mot «eau» dans le titre du livre. À chaque fois, j’ai réalisé une eau-forte sur cette page de titre originale en tentant de montrer l’eau sous toutes ces formes : océan, rivière, minérale, larme, bain, etc.

Pourquoi réinventer des couvertures ?

Il est vrai que de prime abord on peut penser que c’est une manière de réinventer des couvertures... Je dirais que la démarche est empirique.
En réalisant L’abc de l’eau, je me suis laissée prendre au jeu de penser une image avec la contrainte de la mise en page de la page de titre du livre, de la qualité du papier, avec la contrainte du contenu de cette page de titre ou même du contenu du livre. Puis, j’ai écrit une histoire composée uniquement avec des titres de livres ayant obtenu le prix Goncourt. Un homme se penche sur son passé se lit comme un poème. Mon travail dans l’ensemble est «conceptuel» puisqu’à l’exception de Images de titres, je rassemble des livres qui constituent des pièces autonomes avec un propos qui leur sont propres.

Cependant, au fur et à mesure de ma recherche, je me suis laissée séduire, guider par le livre d’un point de vue formel : les teintes des papiers qui varient avec le temps, selon leur qualité, le vécu du livre… les mises en page qui changent d’une édition à une autre selon l’époque, les typographies...

Ainsi, je poursuis actuellement un travail uniquement sur les pages de titre avec Exercices de style de Raymond Queneau. Là, c’est un peu comme si je réinventais une couverture à chaque fois différente.
 
En ratant un tirage, il m’est arrivé de racheter le même ouvrage et de découvrir des mises en pages parfois légèrement différentes d’une même édition. Cela m’a donné envie de travailler sur un même titre. Exercices de style était idéal pour cela. Chaque édition a sa mise en page qui lui est propre, sa typographie, etc. C’est très inspirant et très ludique, cela appelle à chaque fois une nouvelle mise en scène, comme le contenu du livre.

Est-ce une façon de se réapproprier la littérature ?

Oui, sans doute. Je pars d’une idée et ensuite je choisis les livres qui viennent à moi si je puis dire. Je montre des livres connus et oubliés, parfois disparus. Je participe à l’économie du livre, objet qui m’est cher, en allant le chercher au sens figuré comme au sens propre. C’est aussi un vrai travail d’inventaire, de classement. Je n’exclus pas les genres, je ne les lis pas tous. Je joue avec les livres, les mots et les images simplement.

Propos recueillis par Enrica Sartori

À voir l’exposition de Gaëlle Callac du 9 novembre au 8 décembre à la Librairie Galerie Emmanuel Lhermitte, 105 rue Bobillot, 75013 Paris

Voir le portfolio : Le livre passé à l'eau-forte

©Gaëlle Callac