Indignes du Bac ?

Indignes du Bac ?

Professeure de littérature de terminale L, Françoise Cahen est à l’origine d’une pétition qui a suscité de nombreuses réactions. Intitulée «Donnez leur place aux femmes dans les programmes de littérature au bac», elle pointe l’absence totale d’auteures dans les études des lycéens. Le Ministère de l'Education Nationale lui a répondu.

Dans sa pétition, Françoise Cahen, enseignante à Alfortville (94), a décidé de s’adresser aux politiques français. Car «la littérature contemporaine a souvent été à l’honneur. Mais avec de bons chromosomes Y».

En cause : l’introduction d’un nouveau mâle au programme, André Gide. Rien n’est à redire à propos de l’auteur, à part qu’il s’agit d’un homme, une fois de plus. Comme le souligne Françoise Cahen, il paraît très étonnant « qu’aucune femme n’ait jamais été étudiée dans ces filières littéraires » : ce manque revient presque à nier l’existence de femmes écrivains. Or, dans des filières qui rassemblent une majorité d’étudiantes, majoritairement enseignées par des femmes, le message apparaît pour le moins offensant. Marguerite Duras, Mme de Lafayette, Annie Ernaux, Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute, Simone de Beauvoir, George Sand, Louise Labé ne sont-elles pas dignes de nos programmes de lycée – quand certaines figurent heureusement au programme d’agrégation ? «Pourquoi alors cet excès de testostérone précisément en terminale, au bac littéraire? Que veut-on nous signifier symboliquement? L’impossibilité de devenir artiste?», s’irrite Françoise Cahen. En tout cas, Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l’éducation, lui a répondu aussitôt, pour lui donner raison et promettre un changement imminent. «Depuis 2002, la commission en charge du choix des œuvres inscrites aux programmes de littérature de la série littéraire n’a pas mis à l’étude une seule œuvre d’une auteure (…) Vous pouvez compter sur ma détermination et mon engagement pour donner aux femmes toute leur place.».

La pétition reprend le combat mené par une lycéenne, deux ans auparavant, relayé par le site de rue89. Ariane, jeune bordelaise, s’adressait à Benoit Hamon, alors ministre de l’Education Nationale à l’époque, en ces termes «Si l’école a aujourd’hui la vocation de former autant des citoyennes et des citoyens que des esprits – comme le témoigne par exemple l’enseignement d’éducation civique –, qu’elle montre l’exemple vers une société égalitaire. Actuellement, elle ne fait que refléter le sexisme toujours ambiant de notre culture.» Mais bien que la lettre ouverte ait fait le tour d’internet, le gouvernement n’avait pas réagi...

​Amélie Cooper

Photo : George Sand ©AFP