Au-delà du portrait

Au-delà du portrait

Comment exposer Oscar Wilde, chantre de l'esthétisme et défenseur de l'art pour l'art ? C'est l'un des défis de l'exposition « Oscar Wilde, l'impertinent absolu », comme l'explique son commissaire, Dominique Morel : « Après nous être penchés sur cette question avec le scénographe, nous avons décidé de mettre en avant les couleurs qui évoquent l'univers de l'époque victorienne. » Et de structurer l'exposition en suivant les différentes périodes de la vie du poète. On le retrouve notamment en train de se forger sa personnalité de dandy ; plus loin sa vie parisienne où il fit la rencontre d'Edmond de Goncourt ; son triomphe créatif quand il publia Le Portrait de Dorian Gray (1890) ; sans oublier sa descente en enfer, quand il fut si injustement emprisonné (lire De profundis). Enfin, sa mort fait l'objet d'un traitement particulier, grâce au regroupement des dessins de la célèbre tombe de l'écrivain par le sculpteur Jacob Epstein et à une référence au dernier trait d'esprit prononcé par l'esthète sur son lit de mort parisien : « Ou c'est ce papier peint qui disparaît ou c'est moi. » C'est d'ailleurs à Paris, au Père-Lachaise, qu'est enterré cet irréductible francophile, qui avait écrit dans une lettre à Edmond de Goncourt : « Français de sympathie, je suis irlandais de race, et les Anglais m'ont condamné à parler le langage de Shakespeare. » Pour marquer son intérêt pour notre langue, une section sera consacrée à Salomé, pièce écrite en français en 1891, avec les illustrations d'Aubrey Beardsley qui l'ont rendue célèbre, des affiches présentant le mythe de Salomé, et une projection de son adaptation en film par Charles Bryant (1923). « C'est le petit-fils d'Oscar Wilde qui a suggéré l'idée de cette exposition », nous confie Dominique Morel. Il lui est donc apparu nécessaire de l'organiser « en insistant sur les liens qu'avait Wilde avec la France », alors que le centenaire de la mort du poète avait été célébré à Londres en 2000. Mais, ne nous y trompons pas, « il ne s'agit pas de prendre une revanche, assure le commissaire d'exposition, notre but étant de donner en vie de lire davantage Oscar Wilde », dont la connaissance s'arrête bien souvent au Portrait.

Oscar Wilde, l'impertinent absolu, DU 28 SEPTEMBRE AU 15 JANVIER 2017, au Petit Palais, av. Winston-Churchill, Paris (8e).

Photo : Oscar Wilde, en 1882 ©BIBLIOTHÈQUE DU CONGRÈS, WASHINGTON

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