Castro, correcteur attitré de García Márquez

Castro, correcteur attitré de García Márquez

Peu à peu, le dictateur et lecteur avide s’est improvisé correcteur, faisant bénéficier aux livres de son ami de son œil affuté pour les détails, avant-même que l'écrivain colombien ne les soumette à son éditeur.

L’amitié entre Fidel Castro et Gabriel García Márquez était « le fruit d'une relation cultivée durant des dizaines d'années, formée de centaines de conversations, toujours très agréables », expliquait le commandante en 2008 en recevant l’écrivain Colombien. Celui-ci considérait leur amitié comme « intellectuelle ».

Les deux hommes se sont rencontrés en 1977, dans un hôtel cubain, alors que le romancier écrivait un livre documentaire sur la vie à Cuba sous l’embargo américain, raconte au Guardian Stéphanie Panichelli Batalla, co-auteur de Fidel & Gabo. Cette enseignante de littérature latino-américaine à l’université Aston raconte qu’avant de publier un livre, le prix Nobel de littérature, mort en 2014, en confiait le manuscrit à Fidel Castro.

Alors le commandante apportait des corrections, étonnement, plus grammaticales et factuelles qu’idéologiques : « Après avoir lu son livre Récit d’un naufragé, Fidel avait dit à Gabo qu’il y avait une erreur dans le calcul de la vitesse d’un bateau. Un autre exemple de correction qu’il a faite plus tard a été dans Chronique d’une mort annoncée, où Fidel a signalé une erreur dans les spécifications d’un fusil de chasse. Les balles n’étaient pas compatibles avec les armes utilisées par les personnages de García Márquez». Puis, peu à peu, le dictateur et lecteur avide s’est improvisé correcteur, faisant bénéficier aux livres de son ami de son œil affuté pour les détails, avant-même qu’il ne les soumette à son éditeur.

Mort en 2014, García Márquez a inspiré plus d’un homme d’Etat. Et n'avait « jamais caché sa fascination pour le pouvoir », analyse The Economist. L’ancien président américain Bill Clinton lui avait envoyé un exemplaire traduit en espagnol de ses mémoires (My life), avec cette dédicace plutôt chaleureuse : « À mon ami Gabriel García Márquez, avec nos remerciements pour votre vie, votre inspiration et votre gentillesse ».

Simon Bentolila