Disparition du Nobel Dario Fo, dramaturge italien

Disparition du Nobel Dario Fo, dramaturge italien

Le dramaturge italien Dario Fo s’est éteint à l’âge de 90 ans. Portrait.

Article paru dans le numéro 407

Prix Nobel de littérature, Dario Fo est d'abord homme de théâtre avant d'être écrivain. Sa parole est indissociable de son corps, de sa mimique et de sa voix.

Dario Fo, Prix Nobel de littérature, a republié pour la troisième fois chez Einaudi, son célèbre Manuale minimo dell'attore, paru initialement en 1987 traduit en français sous le titre Le gai savoir de l'acteur , L'Arche, 1990. Il s'agit d'une édition élargie et corrigée. Mais l'un des paragraphes du texte est resté le même depuis le début. Il s'intitule Cette oeuvre a un défaut: elle est belle à lire. On peut citer, pour s'en tenir à quelques phrases-clés : « Paradoxalement, et de façon un peu provocatrice, je répète depuis des années que le seul moyen de résoudre le problème du théâtre serait d'obliger les acteurs et les actrices à écrire personnellement leurs comédies... ou tragédies s'ils le préfèrent... Les acteurs doivent apprendre à fabriquer leur propre théâtre. » Et il ajoutait : ils doivent « sortir... de l'idée fausse et dangereuse que le théâtre n'est que de la littérature mise en scène, jouée, adaptée, au lieu d'être simplement lue.»

Lorsque le Prix Nobel fut attribué à Dario Fo, nombreux furent les hommes de lettres de son pays qui firent la grimace. Mais qu'est-ce que Fo a à voir avec la littérature ? se demandaient-ils. Le sous-entendu était que la bonne quarantaine de pièces que cet infatigable inventeur a écrites ne sont pas, à juste titre, particulièrement belles à lire. Quelqu'un a même parlé sans ambages d'« écriture négligée, à la limite de l'incorrection grammaticale ». Or, l'Italie du XXe siècle n'a que quatre grands auteurs dramatiques, dont un lettré et trois comédiens : Luigi Pirandello, Raffaele Viviani, Eduardo De Filippo et Dario Fo. Il est peut-être trop tôt pour affirmer qu'il ne restera de Pirandello, en tout et pour tout, que quatre ou cinq grandes pièces. Que les autres sont altérées par une écriture « littéraire » épouvantable, pleine de formes dialectales qui s'intègrent mal à l'italien classique, et par des thèses pseudo-philosophiques. Raffaele Viviani 1, malheureusement presque inconnu en France aujourd'hui encore, parvient à fondre dans son napolitain « ancien » la parole littéraire et la parole scénique en trouvant un équilibre parfait. Mais la parole de De Filippo et celle de Fo sont uniquement scéniques. Et c'est ainsi qu'il faut les entendre, sans avoir la prétention absurde de les faire déborder sur d'autres territoires.[Lire la suite]