Elie Wiesel n’écrira plus

Elie Wiesel n’écrira plus

L’écrivain Elie Wiesel est décédé samedi deux juillet, à 87 ans. Il laisse une œuvre marquée par la mémoire de l’Holocauste rédigée en français, en anglais et en yiddish.  

L’horreur, Elie Wiesel l’aura connue dès ses 15 ans. Déportée de Roumanie, sa famille est séparée et envoyée dans les camps. Sa mère et sa sœur cadette périssent dans les chambres à gaz. Son père meurt sous ses yeux, en avril 1945 à Buchenwald, peu avant l’arrivée des soldats américains à leur camp de concentration. Ses deux autres sœurs survivent, mais il ne l’apprendra qu’à la fin du conflit. Le traumatisme est grand, mais il nourrit aussi la volonté du jeune homme de transmettre à tous ce qu’il a vécu.

À la fin de la Seconde guerre mondiale, Elie Wiesel est pris en charge par l’Organisation de secours aux enfants, en France. Il y découvrira le goût de la littérature, et celui sans doute, de transmettre le savoir par les mots. Porté par le futur éditeur du Seuil François Wahl, il découvre la philosophie à la Sorbonne, sans pour autant délaisser son héritage : sa religion est, et demeurera toute sa vie, son moteur. Journaliste apatride, il s’attelle cependant à écrire dans une de ses langues natales, le yiddish. Homme de lettres et de langues, il parle le français, l’anglais, le yiddish, l’allemand, ou encore le hongrois. Il emportera avec lui ce bagage culturel en Amérique, qui lui conférera une nationalité et une patrie.

Elie Wiesel entreprend son travail de mémoire dès la parution de son chef d’œuvre, La Nuit, publié chez les Editions de Minuit dix ans seulement après la fin de la guerre. Il publie ensuite les romans autobiographiques L’Aube en 1960 puis Le Jour en 1961 (éd. Seuil). Ce devoir qu’il s’est imposé l’a transformé en symbole politique. Il œuvre sous le gouvernement de Jimmy Carter afin d’organiser la création d’un mémorial de l’Holocauste, qui ne sera mis en place qu’en 1993. Ami de François Mitterrand pendant plus d’une dizaine d’années, il s’en séparera en apprenant ses liens avec René Bousquet, collaborateur du régime de Vichy. Enfin, on lui proposera en 2006 le poste de président d’Israël, qu’il refusera. Elie Wiesel rappelle avec ferveur son statut d’écrivain, ne se réconciliant avec la politique que lorsqu’elle concerne ses véritables idéaux. La communauté internationale le récompense avec le Prix Nobel de la Paix en 1986. Mais aussi en France avec la Grand-croix de la Légion d’honneur, en Amérique par la Médaille d’or du Congrès, ou encore en Grande-Bretagne, grâce à sa nomination en tant que Commandeur de l’ordre de l’Empire Britannique.

Il a fréquenté les grands de son époque, mais la littérature constituait pour lui l’essentiel. Elie Wiesel est l’auteur d’une cinquantaine de romans et d’essais, nourris par les souffrances de son passé, et la mémoire de la Shoah. Ses terribles souvenirs sont une peinture réaliste de l’Holocauste, adressés à tous ceux qui voudraient comprendre cette tragédie. Car pour l’écrivain, il n’y avait rien de plus important pour l’humanité que de ne pas se condamner à l’indifférence....

Amélie Cooper

Photo : Elie Wiesel ©AFP/Don Emmert