En attendant de souffler les bougies

En attendant de souffler les bougies

Samuel Beckett est né le 13 avril 1906, il y a cent dix ans de cela. L’écrivain irlandais maîtrisait la langue de l’hexagone, pays qui a été le berceau de sa carrière et ainsi à l’origine de son rayonnement planétaire. Connu principalement comme dramaturge, il était également poète et romancier, et a remporté le prix Nobel de littérature en 1969.

Après avoir passé son enfance dans la banlieue dublinoise, auprès d’une mère protestante et pieuse et un père mètre-vérificateur, Samuel Beckett s’éloigne de son milieu bourgeois pour étudier les langues et les littératures italienne, française et anglaise dans la capitale irlandaise. Il devient professeur, et part enseigner en France, où il rencontre James Joyce en 1926. Ce dernier devient son ami mais aussi une source d’inspiration, visible dans les pages de son premier ouvrage en 1929, l’essai critique Dante... Bruno. Vico… Joyce, écrit alors qu’il était son secrétaire. Lecteur dans les universités de Paris et de Dublin, il voyage aussi en Allemagne et en Europe, avant de s’installer définitivement à Paris. Bien qu’il ne parvienne pas à être publié et qu’il ait été poignardé et gravement blessé en 1938, l’auteur n’hésite pas une seconde lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclate et s’engage pour défendre la France.

Grâce à son ami Alfred Péron, il fait partie d’un premier réseau de Résistants qui surveille les mouvements des troupes allemandes, puis il retourne à la Capitale et croise le chemin de Nathalie Sarraute. Il entame alors un exode difficile, sans argent ni papiers, allant et venant dans le Sud pendant les trois dernières années de la guerre. Lorsque cette période d’atrocités se termine, son expérience d’exilé alimente ses nouveaux textes. Il tente de publier son premier roman, Murphy, mais essuie une trentaine de refus, et est finalement édité par Bordas en 1947.

L’auteur fait par la suite la rencontre de Jérôme Lindon, éditeur des éditions Minuit, qui publiera toutes les œuvres de Beckett, et récupèrera même ses anciens textes. Après les ouvrages, écrits et publiés entre 1947 et 1952, MolloyMalone Meurt, et L'Innommable, c’est la pièce de théâtre En attendant Godot, représentée pour la première fois en 1953 à Paris, qui rencontre un succès phénoménal et le fait connaître dans le monde entier. Le dramaturge écrit ce texte en étant inspiré par sa terrible expérience de la guerre, qui l’a fait vagabonder et a causé la perte d’un grand nombre de ses proches, notamment Alfred Péron, qui a périt dans les camps. Il dépeint avec beaucoup d’humour une humanité dépourvue de but, dont la vie n’a pas de sens dans un univers rongé par la bêtise. Mais l’œuvre n’est pas seulement sombre et cynique, car elle est rehaussée par des soubresauts absurdes qui confèrent à ses écrits un charme intemporel. L’ironie franche de l’auteur remue les codes et créé une nouvelle littérature absurde qui porte sa marque, dans laquelle il utilise son propre langage, comme dans Fin de Partie (1957), ou encore Le Dépeupleur (1970).

En vieillissant, Samuel Beckett mène une existence de plus en plus recluse. L’homme de lettres a toujours refusé les interviews, et n’a jamais accepté d’être face à une caméra. Il a tout de même fait un pas dans le Septième Art en écrivant le scénario de The Film, dans lequel apparaît le talentueux Buster Keaton. Mais les projecteurs n’ont jamais intéressé l’écrivain, qu’aucun biographe excepté deux dont James Knowlson n’a jamais pu étudier avec autorisation. « Tout ce que j’avais à dire, je l’ai dit dans mon œuvre ».

Plus d’informations sur sa biographie : http://www.samuel-beckett.net/ecrivain.html

Nos articles sur Samuel Beckett : http://www.magazine-litteraire.com/search/apachesolr_search/beckett

Amélie Cooper

Photo : Samuel Beckett ©Jerry BAUER/Opale/Leemage