Jean-Claude Fignolé : disparition du « Mapou » des lettres haïtiennes

Jean-Claude Fignolé : disparition du « Mapou » des lettres haïtiennes

Figure emblématique de la littérature haïtienne, l’écrivain et homme politique Jean-Claude Fignolé s’est éteint ce mardi 11 juillet à Port-au-Prince, emporté par une crise cardiaque.

Pour les haïtiens, le Mapou – un immense arbre au tronc majestueux– a une dimension magique, incarnant aussi bien la force que la sagesse. C’est ainsi qu’on avait pris l’habitude de surnommer celui qui, à 76 ans, était, dans son pays, un véritable symbole.

Né en mai 1941 à Jérémie, dans la cité des Poètes, Jean-Claude Fignolé a commencé par suivre des études de droit, d’agronomie et d’économie, avant de devenir critique d’art au centre d'art de Port-au-Prince. C’est dans les années 1970 qu’il commence sa carrière d’écrivain. D’abord en tant que journaliste, pour le Petit samedi soir puis pour Le Nouvelliste, où il s’attelait régulièrement à « rompre le silence » pour dépeindre la douloureuse histoire de Haïti.

Jean-Claude Fignolé a dès lors ressenti le besoin de raconter son pays natal, de mettre des mots sur le spectre du passé colonial qui hante toujours ses habitants. Tour à tour, il s’est fait romancier, nouvelliste ou essayiste. « Bâtir sur des brumes de mémoire », l’histoire de ce peuple, tel a été le dessein de celui dont l’œuvre résonne comme un vibrant hommage à la perle des Antilles.

Il a la fois travaillé sur la vie de Toussaint Louverture (Moi, Toussaint Louverture, Plume & Encre, 2004) et fait revivre son île en 1802, à l’époque de l’expédition de Saint-Domingue organisée par Napoléon Bonaparte pour rétablir l'esclavage (Une heure pour l’éternité, Sabine Wespieser, 2008). Mais aussi,  dans L’Aube tranquille (Vents d’ailleurs, 2014), mis en scène une jeune religieuse française qui, partie en mission sur l’île, finit par découvrir la malédiction qui pèse sur sa famille, autrefois propriétaire d’esclaves.

Jean-Claude Fignolé est connu dans son pays pour être un écrivain engagé. Descendu de sa tour d’ivoire, il se met à la politique au point de finir par consacrer sa vie à son pays. Dans les années 1980, il se dévoue pour apporter son aide aux habitants de la ville des Abricots dans la Grand'Anse, dont il est originaire, avant de devenir maire de la commune en 2007. Jusqu’en 2012, il assiste cette petite communauté pour lui redonner une âme et tenter d’enrayer l’exode rural.

Concrétisation de son engagement, Jean-Claude Fignolé a fondé le collège Jean-Price Mars avec son éternel acolyte René Philoctète. Les deux compagnons sont à l’origine, avec l’écrivain et artiste Frankétienne, du mouvement esthétique et littéraire du spiralisme qu’ils définissent comme « une invention qui ne plagie rien d'autre que la vie, la spirale en mouvement ».

 

Ruben Levy