Jean-Paul Curnier, disparition d'un libre penseur

Jean-Paul Curnier, disparition d'un libre penseur

Le philosophe et éditeur Jean-Paul Curnier est décédé à l’âge de 66 ans samedi 5 août dernier, des suites d’un cancer. Il est l’auteur d’une œuvre colossale autour de questions liées à la politique, à l’art ou au langage, ancrées dans une pensée humaniste. Une réflexion forte et engagée a disparu, mais laisse derrière elle de nombreuses sources d'inspiration.

Son dernier ouvrage La Piraterie dans l’âme (éd. Lignes), publié en janvier 2017, montre comment l’organisation des pirates correspond à la signification de ce que nous nommons « démocratie ». Il y explique comment celle-ci engendre naturellement des actions pirates, contrairement à la pensée collective d’une piraterie qui irait à l’encontre du « triomphe du droit » associée à la démocratie.

 

Écrivain et passeur

Jean-Paul Curnier avait l’habitude de renverser les principes acquis pour rendre possible une ouverture d’esprit sur des sujets figés par la pensée unique. Par ses écrits, il a donné accès à une multitude de réflexions actives, s’extrayant de la tour d’ivoire dans laquelle les intellectuels s’enferment bien souvent. Il a non seulement signé plusieurs dizaines d’ouvrages (romans, essais, nouvelles, pièces de théâtre) mais est aussi à l’origine de la création de la maison d’édition Léo Scheer et de la collection « Manifeste » des éditions Lignes.

Né à Arles en 1951, il est très tôt bercé par l’exploration, la philosophie, l’anthropologie, la musique et l’écriture. Ces passions le mènent un peu plus tard à Montpellier et à l’EHESS à Paris où il étudie la sociologie et la philosophie. Reconnu pour sa qualité de libre penseur, il fut aussi enseignant, conseiller pour le développement culturel au ministère de la Culture et à l’UNESCO, conseiller artistique de la Grande halle de La Villette, et donnait des cours d’histoire de l’art à Caen, Aix-en-Provence et à La Réunion. Il intervenait également comme conférencier dans des établissements culturels ou d’enseignement supérieur.

 

Mouvement vital

Dans un hommage composé par son ami Jean-Marc Adolphe sur Mediapart, l’ex-directeur de la revue Mouvement met en exergue un extrait du texte La Culture suicidée par des spectres, qui date du 19 novembre 1997 : « La Culture qui veut si bruyamment s’opposer à la poussée de l’extrême droite n’est objectivement plus un mouvement vital qui brise les mœurs vers d’autres futurs, mais un champ d’activités professionnelles de fabrication des distractions de cette fin de siècle à destination d’une fraction de société (celle qui dispose encore d’une capacité réelle – psychologique, sociale et économique – de se distraire de la sorte) qui est loin d’être majoritaire en France et en Europe et qui surtout s’est totalement repliée sur elle-même. »

Ses ouvrages sont peu connus, « quasiment censuré[s] » selon Jean-Marc Adolphe, mais ses réflexions furent fortes et sont encore capables d’inspirer nombre de contemporains.

 

Marie Fouquet