Max Gallo : disparition d’un colosse aux mains d’argiles

Max Gallo : disparition d’un colosse aux mains d’argiles

Il était et restera à jamais le grand écrivain de l’histoire de France. À 85 ans, ce mardi 18 juillet, l’historien et académicien Max Gallo a succombé à la maladie de Parkinson dont il souffrait depuis plusieurs années. Derrière lui, subsiste une œuvre monumentale.

Max Gallo était un « colosse aux mains d’argiles » pour détourner le surnom de celui qui était son héros, le général De Gaulle, qui l’a « le plus ému » et dont il se sentait « le plus proche ». D’abord parce que sa stature, comme celle du général, était particulièrement imposante : 1, 93 mètres qui, comme il aimait si bien le dire, cachait aux autres sa timidité. Puis, et surtout, parce qu’il est l’auteur d’une œuvre gigantesque. Écrivain prolifique, il a publié près de 150 ouvrages, qui, pour la plupart, ont connu un succès national.

« Qu’est-ce qui fait courir Gallo ? » lui demandait Bernard Pivot sur le plateau d’Apostrophes lors de sa première apparition à la télévision en 1973. « Je suis un monomaniaque, sans plus » répondit ce fils d’immigrés italiens qui, rêvant dès le plus jeune âge d’un destin à la Martin Eden, s’est toujours battu pour « s'arracher aux déterminismes sociaux et culturels » auxquels le vouaient ses origines modestes.

Né en 1932 à Nice, ce fils de résistant a grandi au rythme de la guerre. Pour s’évader, il lit les classiques. Les œuvres d’Hemingway, de Jack London, de Joseph Kessel ou encore de Romain Gary lui donnent déjà envie d’être écrivain. Le Feu d’Henri Barbusse change le cours de son destin. Mais sous l’influence de son père, il suit des études techniques. Il obtient d'abord un CAP de mécanicien-ajusteur puis un baccalauréat en mathématiques et techniques qui le mènent à la fonction publique en tant que technicien à la RTF.

Mais le désir d’écrire est plus fort. À 20 ans, il décide de tenter sa chance à Paris. Parallèlement à sa profession, il poursuit ses études d’histoire, sa passion de toujours. Bourreau de travail, il obtient l'agrégation puis un doctorat – il consacre sa thèse à la propagande de l'Italie fasciste afin de « conquérir son passé ». Il devient maître-assistant à l'université de Nice avant d’être nommé maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris.

C’est dans les années 1970 que commence sa carrière d’écrivain. D’abord en tant que journaliste, comme éditorialiste à L'Express puis comme directeur de la rédaction du quotidien Le Matin de Paris. Puis, plus tard, il devient l’inlassable voix de l'émission dominicale L'Esprit public sur France Culture, avant de reprendre la plume sous le pseudonyme Max Laugham et de réaliser ses premières œuvres. Sa collaboration à la célèbre autobiographie de Martin Gray, Au nom de tous les miens, le fait connaître au grand public.

Boulimique des lettres, Max Gallo confie « tomber » 10 000 signes par jour et publie plusieurs livres par an. Qu’il s’agisse de romans, de contes, de biographies ou d’ouvrages d’histoire, toutes ses publications trouvent la ferveur du public. Il écrit ce qu’il aime appeler des ouvrages de « politique-fiction » ou des « romans-histoire » avec ce style particulier qui le caractérise, à mi chemin entre la documentation historique et l’écriture romanesque.

Parmi ses œuvres les plus célèbres, il y a la fresque romanesque de La Baie des Anges (Robert Laffont, 1976) qui raconte les péripéties des frères Revelli, du Piémont aux dédales niçois ; son roman historique Le Pacte des assassins (Fayard, 2008), où se joue le destin tragique de la jeune comtesse Julia Garelli au cours de l’hiver 1917 ; ou encore les sagas biographiques en plusieurs tomes qu’il consacre à Napoléon Bonaparte (Robert Laffont, 1997), Louis XIV (XO, 2007), Charles De Gaulle (Robert Laffont, 1998) ou encore Victor Hugo (XO, 2001).

Mais Max Gallo, rhéteur accompli, restera également célèbre pour avoir fait porter sa voix chaude et son accent du sud dans le débat public. Derrière l’écrivain, se cachait aussi un homme politique. D’abord fervent militant du Parti communiste qu’il quitte en 1956 après la mort de Staline, il rejoint ensuite, en 1981, le Parti socialiste qui le fait accéder à l’Assemblée nationale en tant que député des Alpes-Maritimes.

Bien que nommé secrétaire d'État par François Mitterrand et porte-parole du troisième gouvernement Pierre Mauroy, au début des années 1990, il quitte le Parti socialiste avec Jean-Pierre Chevènement pour fonder le Mouvement des citoyens, dont il sera président. Les deux compagnons de route marcheront ensemble jusqu’à la défaite de l'élection présidentielle de 2002.

Celui qui affirmait « J'écris pour qu'on ne puisse pas ensevelir les morts sous le silence et les assassiner ainsi une nouvelle fois. J'écris pour qu'ils revivent un jour. » Restera à jamais dans la mémoire des français comme cet écrivain amoureux de la France qui a su raconter son pays à hauteur d’hommes, comme un feuilleton, pour le faire vivre au plus près de nous.

Ses obsèques seront célébrées vendredi à 10h30, dans l'église Saint-Étienne-du-Mont à Paris.

 

Ruben Levy

 

Photo © Jean-Luc Luyssen / Gamma - XO Edition