Mort de Maurice G. Dantec

Mort de Maurice G. Dantec

La maison d’édition Inculte a annoncé lundi 27 juin le décès de l’écrivain Maurice G. Dantec, emporté par une crise cardiaque à 57 ans. 

Il voulait qu’on écrive sa biographie avec la simple phrase « vit sur Terre » et souhaitait à ses interlocuteurs « bonne journuit », vivait à Montréal depuis 1997 avec sa femme et sa fille, loin de cette «France où tout devenait trop agressif» . Dans le monde des lettres françaises, le bouillant Maurice G. Dantec était une voix à part. Sa prose incandescente, qui mêlait des influences policières à des thèmes futuristes pour annoncer la naissance du post-humain (Babylon Babies) ou la fin de l’Europe (Le théâtre des opérations), lui a valu d’être étiqueté, à ses débuts, comme un des grand auteurs à venir. Ses déclarations politiques ont souvent semé l’effroi dans le milieu des lettres – Dantec se définissait comme un catholique futuriste, royaliste et sioniste. Mais ses livres, toujours brillants,  parfois hermétiques, ont gardé la faveur du lectorat.

Né en 1959 à Grenoble, Maurice Dantec est devenu écrivain à 34 ans, après une carrière avortée de musicien punk et de spécialiste du marketing. Son premier roman, La Sirène rouge, fait grand bruit et Dantec apparaît comme une des nouvelles figures de la collection Série Noire. Cela se confirme avec Les Racines du mal (1995) et Babylon Babies (1999), remarquable thriller futuriste où mafia russe, services secrets et mercenaires se disputent une jeune femme portant dans son utérus d’étranges embryons. Suivront les volumes du Théâtre des opérations, sous-titré Journal métaphysique et polémique, ce qui est un euphémisme (1999), les romans Villa Vortex (2003), Cosmos Incorporated (éd. Albin Michel), ou Satellite Sisters (suite de Babylon Babies, parue aux éditions Ring). Il signe alors dans la jeune maison Inculte pour publier son dernier roman, Les Résidents, en 2014.

Roman policier ou picaresque, science-fiction... Impossible de coller une étiquette à cet auteur qui souhaitait délier ses écrits de tout genre, et s’inquiétait de l’avenir de l’homme et de la planète dans des œuvres aux personnages déjantés, dans des mondes au bord de l’agonie. «Nous avons oublié que le mot style venait d'un synonyme de poignard. Il faut refaire du français une langue de guerrier, un jeu d'escrime, un art martial. Un écrivain est un tueur. », disait Maurice G. Dantec. Le relire, c’est prendre la mesure des vertus tranchantes du langage, mises au service d’une inspiration qui se nourrissait de science, de philosophie, de musique, d’histoire, pour restituer le chaos globalisé dans lequel nous vivons et envisager son avenir.

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Photo : Maurice Dantec ©MARTIN BUREAU / AFP