Philippe Rahmy : la fin d’un corps à corps avec le monde

Philippe Rahmy : la fin d’un corps à corps avec le monde

L’écrivain et poète suisse Philippe Rahmy est décédé à l’âge de 52 ans dimanche 1er octobre. 

Né de mère allemande et de père franco-égyptien, il entame un double cursus de médecine et d’égyptologie, entravé par sa maladie : il endure une ostéogénèse imparfaite, plus connue sous le nom de maladie des os de verre. C’est très jeune qu’il a découvert le pouvoir des mots et de la littérature. Dès son premier livre (Mouvement par la fin. Un portrait de la douleur, Cheyne éditeur, 2005), il déploie une brûlante écriture de soi, et avant tout du corps – le comble de l’intimité et de l’étrangeté. Une sensibilité qui se retrouve dans l’entretien qu’il réalise avec Paul Auster en 2013 pour le Magazine Littéraire, dans lequel l’auteur américain rejoignait les préoccupations de Philippe Rahmy : « S’il y a une chose que les êtres humains partagent, c’est d’avoir un corps. »

Voyageur du dedans, il a également exploré le dehors, de l’Asie à l’Afrique, relatant ses périples dans ses écrits, notamment Béton armé (éd. de La Table ronde, 2013) qui reçoit la mention spéciale du prix Wepler 2013 et le prix Michel-Dentan 2014. Récit de son séjour à Shanghai, il était revenu sur ce voyage pour le Magazine Littéraire, « entre douleur, fascination et dépit ». N’insistant pas tant sur la difficile contrainte de sa maladie que sur son rapport au monde, il élabore également un projet d’écriture collaborative, intitulé La Ville abandonnée, destiné à créer une carte du périssable, des villes rejetées, désaffectées. «Il s’agira de raconter de nouveaux récits là où toutes les voix se sont tues » explique-t-il.

Cette volonté de rendre la parole à ce qui est tenu sous silence, qui transparaît encore dans son tout dernier livre paru à la rentrée, Monarques (éd. de La Table ronde), il la puisait sans nul doute dans sa maladie. Lui qui vivait avec la douleur depuis sa naissance avait trouvé le moyen de mettre des mots sur cette souffrance. « L’admirable de l’affaire est qu’il a transformé cet obstacle en liberté intérieure, cette fragilité physique en force morale » observait Jean-Christophe Ruffin dans la préface de Béton armé.

Alice Chomy

Photo : Philippe Rahmy © DR