Le galop d'essai de Georges Perec

Le galop d'essai de Georges Perec

L’Attentat de Sarajevo, le premier roman de Georges Perec refusé par les éditeurs, est enfin publié par les éditions du Seuil.

Trente quatre ans après la mort de l’auteur de W ou le souvenir d’enfance, sa cousine, Ela Bienenfeld, a retrouvé L’Attentat de Sarajevo – premier roman écrit à 21 ans. 
Le tapuscrit – que l’on croyait perdu – avait été mentionné dans la correspondance de l’écrivain, comme le faisait remarquer David Bellos dans Georges Perec. Une vie dans les mots (Seuil). 
En 1957, étudiant en histoire, Georges Perec est encore un parfait inconnu. Durant l’été, il se voit proposer par un petit groupe d’intellectuels et d’artistes yougoslaves, un voyage à Belgrade. Enthousiaste, le jeune Perec s’embarque dans cette aventure, accompagné de son psychanalyste et ami Michel de M’Uzan.  Ce voyage, racontera-t-il, a changé sa vie.

A l’automne, en deux mois seulement, il achève l’écriture d’un roman, et le propose aux maisons d’édition, qui, toutes, le refusent.  
Pour ce premier élan, cette histoire écrite après une déception amoureuse, Belgrade lui inspire une histoire d’amour à trois, où un narrateur pernicieux et désabusé, tente habilement de convaincre la femme qu’il désire de tuer son mari.  Le ton est cynique : «En face de cet homme à qui je venais de prendre sa femme, je me sentais tout à fait à mon aise»  mais le jeune Perec a déjà beaucoup d’humour : «Il est assez difficile d’amener une femme à tuer son mari, surtout si cette femme n’est pas complètement idiote». La structure et la construction d'ensemble sont déjà solides à l'image de ses œuvres de maturité. 
L’intrigue est également un moyen pour l’auteur, de revenir sur l’ attentat de l’archiduc François-Ferdinand et le désastre de la Première Guerre mondiale.  
Mêlant déjà destin personnel et histoire collective, attaché à la mémoire et ses défaillances, Perec laisse entrevoir dans ce roman, les fils d’une œuvre aussi universelle que singulière de l’après-guerre.  

À lire
L’Attentat de Sarajevo, Georges Perec, éd. Seuil, 208 p., 18 €. 

Arthur Montagnon