Marine Le Pen, un portrait utile

Marine Le Pen, un portrait utile

À quoi donc peut bien servir un essai, une enquête, un portrait, toute forme d'écriture qui s'écarte délibérément de la fiction, collecte les faits, petits et grands, pour mieux se livrer in fine à un exercice d'interprétation ?

La réponse, a priori, semble évidente : faciliter et, en quelque sorte, accélérer notre compréhension du monde, de ses soubresauts, de ses mouvements profonds, politiques bien sûr mais pas seulement. L'écrivain de non-fiction tient de la sorte un rôle d'utilité publique. La lecture du récent opus que Renaud Dély consacre à Marine Le Pen suffit à nous le rappeler.

Nul détachement

Le directeur de la rédaction de Marianne compte parmi les meilleurs « spécialistes » de l'extrême droite française, du Front national et, conséquemment, de sa présidente, Marine Le Pen. Renaud Dély n'a jamais dissimulé ses antagonismes avec cette sensibilité idéologique et culturelle ; il n'étudie pas « l'objet » Marine Le Pen avec détachement et ne dissimule pas son inquiétude face à cette société française qui, par pans entiers, se referme et se renferme. En fait, il a choisi de ne rien céder à ces intellectuels à la fois prétendument républicains et en réalité ultraconservateurs qui observent le Front national non sans bienveillance au prétexte de « comprendre » et d'« entendre » ses électeurs... Il refuse ce jeu malsain. Les lecteurs savent d'où il vient - la gauche sociale-démocrate - et ce qu'il pense de l'extrême droite - du mal, attitude que d'aucuns qualifient désormais d'« archaïque », et qui va lui valoir à coup sûr quelques remarques acerbes en provenance de la nouvelle presse bien-pensante et dominatrice, Valeurs actuelles, Causeur ou Le Figaro Magazine.

Laisser émerger la « vraie » Marine Le Pen... L'exercice est sans aucun doute d'intérêt général, et Nicolas Sarkozy, par exemple, qui l'avait précédemment subi, en était sorti pulvérisé, affaibli. Portrait documenté d'un étrange hybride, la facho bobo ; ou la bobo facho, qu'importe l'ordre de préséance car, chez Marine Le Pen, ces deux aspects de sa nature s'imbriquent. Elle est l'un ET l'autre, de façon indissociable. C'est ce que Renaud Dély démontre et démonte avec une grande habileté de plume et de raisonnement. Une fille à papa protégée de tout et de tous, pour qui l'argent, les grandes maisons et les domestiques sont toujours allés de soi. Luxe et luxure chez les Le Pen.

Une bobo, tel est le personnage que décrit Renaud Dély, qui vit et se comporte comme telle. Mais le journaliste n'occulte rien, et surtout pas l'autre caractéristique de Marine Le Pen, non plus la bobo, mais la facho, celle qui joue en permanence la carte de la dédiabolisation, celle qui est entourée d'une garde de fer à la fois affairiste et fasciste traquée par la justice. Voilà ce sur quoi il insiste, refusant la fascination du diable, revenant sans cesse à la seule préoccupation qui vaille, la politique, et à l'idéologie. La bobo Le Pen n'a en réalité rien renié des principes de la facho Le Pen.

Le livre de Renaud Dély dispose d'un atout considérable : il est utile en ces temps de confusion. Utile... Ce fut longtemps un gros mot . Il se trouve que nous persistons à croire à la vertu pédagogique des livres. C'est précisément pour cette raison que nous avons choisi d'insister sur cet opus. Il nous rappelle qui est et ce que pense la présidente du Front national. Un exercice de salubrité publique.

LA VRAIE MARINE LE PEN. UNE BOBO CHEZ LES FACHOS, Renaud Dély, éd. Plon, 256 p., 14,90 E.