L'inclassable Belle de nuit

L'inclassable Belle de nuit

Grisélidis Réal, écrivain et « catin révolutionnaire » des années 1970, fait l’objet d’un documentaire réalisé par Marie Eve de Grave: Belle de nuit, Autoportraits.

Tous les jours du 15 au 27 février 2017, à 13h  (sauf le mardi 21 février) et les mardis 7 et 14 mars, à 13h au Saint-André-des-Arts (30, rue Saint-André-des-Arts, 75006 Paris).

« Ecrivain. Peintre. Prostituée. » Telle est l’inscription gravée sur la pierre tombale de Grisélidis Réal. Redécouverte il y a une dizaine d’années à l’occasion de la réédition de son texte autobiographique Le Noir est une couleur (Verticales, 2005), elle fut une artiste dont le destin s’est révélé au cours d’une existence tumultueuse, partagée entre différentes passions : le dessin, ses histoires d’amour - dont la première l’a introduite sur le trottoir -, ses quatre enfants et la profession à laquelle elle s’est ensuite consacrée : écrivain prostituée.

Marie Eve de Grave, alors occupée à composer un portrait féminin pour un projet documentaire, fait la connaissance de Grisélidis Réal par le biais d’un article de presse puis, heureux hasard, via son autobiographie qu’Yves Pagès - « un ami » - s’apprêtait à rééditer chez Verticales. Elle rencontrait Grisélidis Réal, le personnage de son futur documentaire Belle de nuit, quelques mois avant sa mort. La réalisatrice, passionnée pour cette auteure dont la matière littéraire est directement extraite de son parcours - d’abord obligé puis largement assumé - dans la prostitution, a suivi la dame sur les derniers mois de sa vie, au travers d’une correspondance soutenue et de quelques visites à l’hôpital. Elle ajoute à son documentaire des lectures, des enregistrements audiovisuels, des manuscrits et des photographies collectés par Grisélidis tout au long de sa vie.

Bande annonce

Au fil de ses expériences, Grisélidis Réal érige la prostitution au rang normalisé de la profession. Confrontée à la nécessité de se prostituer dans les années 1960 à Genève et à Paris, soit vingt-cinq ans après la clôture officielle des maisons closes en France, elle devient, dans les années 1970, une « catin révolutionnaire » défendant le droit à se prostituer. « La Prostitution est un Art, une Science et un humanisme », dit-elle. Grisélidis Réal découvre son talent d’écriture pendant ses sept mois d’emprisonnement en Allemagne - pour avoir vendu du cannabis à des soldats américains - et restitue son parcours, s’empêchant ainsi de sombrer dans la solitude de l’incarcération. De là nait Le Noir est une couleur, publié une première fois en 1974 puis en 2005, ainsi que les posthumes La Passe imaginaire et Les Sphinx, qui paraissent un an après sa mort en 2006. La dimension littéraire de cette femme - aux facettes si multiples qu’elles font d’elle une inclassable - est l’angle dominant du film réalisé par Marie Eve de Grave: « C’est en la lisant que le film est venu, peu à peu. Un portrait par l’écriture (…) La reconstitution de soi par l’écriture. » Il ne s’agit pas d’un documentaire sur la prostitution mais d'un film sur une femme intensément humaniste qui a supporté son existence en l’écrivant, en acceptant la fiction inhérente à la réalité.

Marie Fouquet

Rens. : http://cinesaintandre.fr/fr/prochainement/