Prix Livre et Droits de l'Homme 2017 : Kamel Daoud lauréat indépendant

Prix Livre et Droits de l'Homme 2017 : Kamel Daoud lauréat indépendant

Pour son brûlant recueil de chroniques Mes Indépendances, Chroniques 2010-2016 (Actes Sud, 2017), l’écrivain et journaliste algérien d'expression française Kamel Daoud a été récompensé, ce jeudi 20 juillet, par le prix Livre et Droits de l'Homme de la ville de Nancy.

Créé en 2002 par André Rossinot – alors maire de la ville aux portes d'or dont il était soucieux de perpétuer l’héritage humaniste – avec l’aide de Simone Veil, le prix Livre et Droits de l'Homme a pour vocation de valoriser l’importance des témoignages littéraires dans la défense et l’illustration des droits de l’homme.

Pour sa 16ème édition, le maire de la cité ducale, Laurent Hénart, a choisi Vincent Monadé comme président d’honneur. À la tête du Centre National du Livre (CNL) depuis 2012, cet ancien libraire passé par la direction du MOTif (Observatoire du livre et de l’écrit en Île-de-France) est connu pour ses positions en faveur des droits des écrivains et contre leur précarisation. Parce qu’il est également engagé avec le CNL pour la cause d’Asli Erdogan, le jury a décidé cette année de dédier le prix à l’écrivaine turque qui, après avoir été incarcérée 136 jours, encoure toujours la prison à vie en attendant son procès.

En compétition avec Les larmes de sel (Lattès, 2017) de Pietro Bartolo et Lidia Tilotta, qui raconte le destin tragique des milliers de migrants de Lampedusa, ou encore Défense légitime (Rouergue, 2017) de Véronique Sousset, qui met en scène la vie de cette ancienne avocate du diable qui défendait les pires criminels, Kamel Daoud s’est distingué avec Mes indépendances : chroniques 2010-2016, qui rassemble quelques cent quatre-vingt-deux des de deux mille chroniques rédigées pour Le Quotidien d’Oran.

Un recueil qui reflète ces six années effrénées, de 2010 à 2016, durant lesquelles Kamel Daoud a décrypté l’effervescente actualité de son pays, « brocardé l’islam politique ou la déliquescence du régime algérien, embrassé l’espoir suscité par les révolutions arabes ou encore défendu la cause des femmes ». Avec un style original, imagé et percutant, il s’est interrogé, jour après jour, sur l’homme, les dieux et les libertés. L'ouvrage avait été sélectionné dans la liste de printemps du prix Renaudot.

L’écrivain algérien s’est révélé au grand public grâce au succès fulgurant de son roman Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014) – prix Goncourt du premier roman en 2015 et traduit dans le monde entier. Souvent taxé d’islamophobe par des intellectuels ou des imams – l'imam salafiste Abd El Fattah Hamdache, chef du front de la Sahwa libre a prononcé une fatwa contre lui en 2014 –, Kamel Daoud a décidé d’arrêter le journalisme pour se consacrer à la littérature, son amour de toujours, après la polémique qui a suivi ses articles sur les agressions sexuelles présumées du 31 décembre à Cologne.

Après le prix Lagardère du meilleur journaliste de l’année qu’il a reçu en 2016, le prix Livre et Droits de l'Homme vient récompenser cette voix dissidente et indocile qui ne cesse de se battre pour défendre et affirmer sa liberté d’expression, pour ne jamais laisser cligner l’œil critique et lucide qu’il porte sur l’Islam et l’Algérie.

Succédant au philosophe Michel Eltchaninoff et son ouvrage Les Nouveaux Dissidents (Stock, 2016), il recevra sa récompense le 8 septembre, lors du festival Le Livre sur la Place.

 

Ruben Levy

 

Photo : ©Claude Truong-Ngoc